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 [pv] que la lumière soit.

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MessageSujet: [pv] que la lumière soit.   Lun 26 Mar - 0:16

Je me souviens d'un soir, aussi sombre comme celle-ci où, petit garçon, je quittai la fête foraine. En rentrant chez moi de nuit, j'avais coupé par les ruelles derrière Wabansia et Prairie. Alors que je me trouvais dans un passage étroit entre deux garages, j'avais entendu un bruit inquiétant, horrible mélange entre des sanglots et des grognements semblables à ceux d'un cheval qui stoppe sa course. Je m'étais arrêté pour écouter. La pluie avait cessé quelques heures auparavant et la température avait chuté. Nous étions en hiver, la chaussée de la ruelle était presque entièrement glacée et scintillait au clair de lune. J'avais longé le garage le plus proche de moi. Le grognement avait été désormais ponctué de sons gutturaux, qui s'étaient interrompus bientôt. Les sanglots avaient diminué sans pour autant cesser.
Un homme était sorti du passage. Je m'étais tapi contre la porte du garage. L'homme avait atteint la ruelle et avait pris direction d'où j'étais venu. Il était de taille moyenne, portait un veston noir et une casquette de docker. J'avais alors entendu un bruit venant du resserrement de la voie : une personne essayait de se mettre debout, mais glissait et tombait. A chaque initiative, son corps raclait le mur.
Un deuxième homme avait emprunté le passage. Il s'était arrêté à l'entrée de la ruelle et s'était frotté le visage de ses deux mains. Quand il les avait retiré, j'avais vu qu'il s'agissait de Red Fellows. Il avait cligné péniblement des yeux quelques instants, puis il se les avait frottés à nouveau de ses poings. Il avait semblé ne pas savoir où il était ni où il devait aller. Red était un boxeur de la région. Il, disait-on, ne respectait pas ce qu'il y avait dans livres pourtant, quand il frappait, on avait l'impression de recevoir une bibliothèque. Je ne l'avais pas bien connu, il m'était apparu comme un homme gentil quand j'étais gamin.
Dans cette ruelle sombre, je n'ai pas su s'il m'avait vu. Sans trop savoir pourquoi, je n'avais pas voulu qu'il me voit. Je n'avais rien vu et je ne savais même pas ce que j'avais entendu. Pourtant, j'avais eu peur. J'avais décidé, plaqué contre la porte du garage et le cœur battant, que si Red regardait dans cette direction, je fuirais en courant en espérant ne pas être reconnu.
Red avait placé sa main droite contre le mur de brique et avait pris appui dessus. Il avait toussé, raclé des glaires et les crachait par terre. Red était resté adossé là quelques minutes, puis il s'était redressé, s'était tenu ferme sur ses deux jambes et avait commencé à remonter la ruelle dans la même direction que l'autre homme.
J'avais observé Red qui franchissait d'un pas hésitant le béton glissant et lézardé, s'arrêtant à plusieurs reprises pour chercher son chemin, jusqu'à ce qu'il ait disparu. Je m'étais alors détaché de la porte du garage et était rentré chez moi. Le ciel avait été si clair cette nuit-là que j’avais parfaitement bien vu les sept étoiles qui formaient soit la Grande Ourse, soit la Petite Ourse. Je ne savais plus à l'époque si la constellation était Ursa Major ou Ursa Minor mais je m'étais souvenu que le nom scientifique de l'étoile Polaire était Polaris.


Ce soir, près de quarante ans plus tard, j'étais à nouveau à une fête foraine. Nous... ne pouvons pas vraiment dire que j'y sois en réalité : disons plutôt devant. La chaussée me séparait de la fête. De toute façon je ne voulais pas y participer. Les mains dans les poches, une cigarette aux lèvres et le regard boudeur, je regardais les lumières enchantées danser. De loin, elles paraissaient malades.
Je n'avais jamais aimé les fêtes foraines depuis la nuit où j’avais vu Red Fellows. J'avais eu peur les occasions suivantes de le retrouver et réentendre ce bruit inquiétant.
La nuit était encore fraiche. Bien que les températures aient montés ces derniers temps, les nuits sentaient encore l'hiver.
J'avais longuement marché, erré comme un chien distingué dans Londres. Je m'assis sur le trottoir pour finir ma Blue. La nuit tombe comme les bougies qui fondent.
Que la lumière soit. Passent les heures, que s’écoulent à jamais les secondes et que la lumière soit. Au loin, j’entends le bruit qui court. Au coin, juste au coin du monde. A deux pas de chez moi, j’aimais voir pointer l’aurore.
Tombent les feuilles et les larmes sur leurs joues qui roulent, et que la lumière soit. Passent les anges et les orages au-dessus des foules, et que la lumière soit. Que la lumière soit comme au premier jour du premier mois, dans la cité qui n’en finit pas où on voit les neiges qui fondent.

Que vienne l’aurore et que la lumière soit.


Mais au lieu de ça, une ombre avait surgit dans mon dos. Je ne sursautai pas, je ne criai pas, mais la peur me saisit par surprise. Un instant, je cru voir Red Fellows.
En réalité j’avais un jeune garçon aux longs cheveux blonds qui se tournait vers mon dos. Je me relevais et, un peu grognon parce que tiré de mes pensées, j’aboyais sans méchanceté :

« Mais que faites-vous ?! », j’étais peu sympathique, néanmoins. Je n’étais pas méchant pourtant.

Il était tard et nous étions seuls dans la rue. La joie de la fête foraine derrière nous semblait provenir d’un autre monde, d’un autre temps. Le jeune garçon et moi n’appartenions plus au monde-ci ni d’aujourd’hui. Je le regardai en restant poli. On dirait un autre chien, plus vif, plus rapide. En même temps je n'étais plus tout jeune. Des dessins noirs parcouraient sa peau, je ne savais plus ce que j'avais sous les yeux. Le garçon se mouvait comme les calligraphies arabes pleines de complexité. Ses yeux étaient clairs, certainement tout autant que les miens, mais ils étaient trop vieux pour son jeune visage. Je ne reconnaissais plus l’humain dans ce que je voyais, je n’arrivais même pas à lui coller un âge. Ses traits impassibles me paraissaient à la fois sages et bruts, sous les lueurs moroses de la nuit que l’aube adoucissait. Le garçon me parut alors comme le vieil enfant le plus triste du monde.
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MessageSujet: Re: [pv] que la lumière soit.   Lun 26 Mar - 17:36




Nerfs gelés sous l’inhumanité des actes tranchants, j’avance. Cette strangulation me pèse, la fatigue se diffuse dans chacun de mes muscles menteurs. Les insomnies s’accumulent sur mon visage cassé, dessinant mes faiblesses au monde. L’air incolore éclate à travers mes poumons comme une bombe à retardement. Mes pulsations éclatent sous mes sentiments contradictoires, revenir à Londres est semblable à regarder couler mes fantômes sur mon échine scarifié d’encre. Il parait qu’il faut savoir affronté ses démons mais si c’est démons font entièrement partie de nous, la règles tient toujours ? Les astres brillants du jour se sont éteints et je trace mon chemin. Je vagabonde à travers la nuit, le jour en évitant de trop m’arrêter. Une partie de moi était morte sur ce chemin, simplement parce que je l’avais tué sans doute un aspect schizophrénique de ma personnalité que je ne peux pas cerner. Je m'éveille en me rendant compte que j'veux pas crever, encore. Mon squelette avançait dans une combustion de maladroite. Je continuais mes pas dans les rues Londonienne, ne me souciant pas vraiment des ombres qui s’étalaient sur ses pavés meurtris par le passé. Un peu comme moi, un peu comme mon histoire. Le détachement que j’avais vu s’établir creusé des cicatrices dans mon abdomen. Les alibis se crachaient contre ma cage thoracique branlante, l’intérieur de mon corps était tapissaient d’ecchymoses incomprises. J’aurai voulu être paralysé pour ne plus sentir cette douleur grandissante dans mes néants. La raison de tout cela était simple, j’euthanasiais mon entourage, tout ce que j’aimais, je le tué. L’asphyxie se fessaient grandissante alors je mis une cigarette au bord de mes lippes qui avaient sans doute trop crié en silence. Je cherchais se Crotte de pigeon de briquet qui se cachait toujours lorsqu’on avait besoin de lui. Une fois trouvé, j’enclenchais le mécanisme en laissant s’échapper le gaz de celui-ci. Je portais la flamme jusqu’à ma clope en inspirant lentement. Pendant une fraction de second, la flamme dansait contre mes iris, les réchauffant peu à peu et puis la nicotine traversait mon corps sans que je m’en aperçoive, libérant des cases dans mon cortex. L’aridité de mes vides se développe plus vite que les grains d’argents sur mes images argentiques. Mes yeux sont les fenêtres par lequel mon esprit s'échappe, dans l'abstrait des traits fugitives. J’aperçois les lignes des lampadaires se poser contre mes épaules. Si seulement elle pouvait éclairer mes choix, mes comportements et surement ma vie tout serai certainement plus simple.

L’éphémère me tenait contre lui, ce manque me poursuivait, les pixels s’encraient dans ma mémoire en se reflétant comme le plus précieux des cristaux existant sur cette terre. Je l’avais perdu et il était trop tard. Il n’y avait plus que des cendres et mes brulures pour prouver son existence. Mon refuge avait été la victime de mes tempêtes. Aucun médicament, aucune drogue sur cette terre me fessait ressentir le bien être de son regard. Dans ma liberté, il y avait cette prison sans barreaux. L’hérésie de mes émotions continuait à creuser dans ma chair mais je me relevais comme une image latente. Les lumières s’allumaient et s’éteignaient dans les ruelles sombres, ma nature curieuse ma surement trahis. Je me suis mis à avancer vers ses rayons. Je saisissais mon appareil photo argentique, il avait vécus mais je me voyais pas utilisé d’autre appareil lors de mes sortis nocturnes pour celui-ci. Un grain dans les contrastes qui me tenait à cœur. Je me plonge dans les images comme une thérapie, usant les parties de mon imagination, mes blessures cachées et mes combats. Capter l’aura des instants des émotions sans pouvoir les partager était plastique, il se liait à inutilité de mes mots. J’avais l’espoir de pouvoir retranscrire la sincérité de l’instant. Un homme était assis sur le trottoir en admiration devant les scintillements de la fête foraine. Les musiques de toutes sortent s’épuisaient en écho, je ne les écoutais pas vraiment. C’était une sorte de cacophonie qui grondé entre les différents manèges. L’instant était là et je l’ai saisi, comme un voleur de flux lumineux.

« Mais que faites-vous ?! »

L'homme s'était aperçus de ma présence, l’humain était méfiant sur l’image mais je connaissais mes droits tout simplement parce que des photo-reportaires plus âgés m’en avait informé. J’avais le droit de prendre n’importe qui en photo du moment qu’elle n’était pas publier, prendre quelqu’un de dos me donner le droit de publier mais là n’était pas mon intention. Il fallait juste que j’avance, que je continue de m’accrocher en m’appropriant le temps. Son visage était habité par une sérénité, que son ton n’était pas vraiment menaçant, disons surpris. L’admiration qu’il avait eue il y a quelques minutes m’avait fait ressentir une nostalgie à travers sa posture. Bien sûr, je n’en savais rien. Je ne fessais qu’observer. Décroché les mots de ma bouche ne fut pas quelques choses de facile étant donné que j’adoptais une attitude silencieuse et que je n’avais pas parlé depuis quelques jours. Oui, c’était commun pour moi d’être silencieux. Arborer des discours inutiles n’était pas franchement dans mon optique de vie. L’inexistence de parole, me parlait beaucoup aussi paradoxale soit-il.

« Je vous ai pris en photo »

Mon apparence pouvait faire peur parce que je portais mon histoire sur ma peau, mais au fond, ça m’était égale. Je me suis assis à ses côtés en fixant les mêmes lumières dans lesquels ils s’étaient perdus appart avant. Pour moi les fêtes foraines n’avait pas cette nostalgie qui habité ses abysses c’était juste des moments égaré de divertissement. Des rires éclatés dans la foule, mais aussi un désir d’adrénaline. Cette sensation qui m’est familière, qui me dépasse parfois mais au final, j’en prends possession et je l’habite. Ma peur était liée uniquement à la perte et j’avais déjà tout perdu. Le vide entre mes phalanges était là. Je regardais les traits de l’homme qui se trouvait à côté de moi et je ne savais simplement pas quoi lui dire. La communication n’avait jamais été mon fort mais j’essayais tout de même de faire des efforts.

« J’espère que ca ne vous déranges pas ? »

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MessageSujet: Re: [pv] que la lumière soit.   Lun 26 Mar - 19:31

« Je vous ai pris en photo »

Apparemment, il n'y avait pas de point final avec ce garçon. La voix restait en suspens, prête à ressurgir comme un lion féroce. Mais ce garçon ne semblait pas dangereux, ou alors c'était plus subtil. Il devait avoir la vingtaine, pas plus de vingt-cinq ans, et bien que ses yeux semblaient avoir vu, sa position paraissait perdu. Il avait quatre ans et se dandinait devant un monsieur. Pourtant cet homme était plus vieux que ça. Peut-être même plus vieux que moi. Je commençais à me rassurer un peu, il n'y avait rien d'alarmant chez lui. Il avait un petit air de rockeur à grosse bécane. Je le voyais bien rouler sur une route poudreuse dans un ciel rouge de coucher de soleil. Je ne su pas si cette image valorisait le garçon... je pense que oui. Tout dépend. Mais à mes yeux je ne sais pas, et puis de toute façon là n'est pas la question. J'enfonçais un peu plus mes mains dans mes poches. Quoiqu'il en soit, il venait de me prendre en photo.

« J’espère que ça ne vous déranges pas ? »

Je ne sais pas, mais ça devrait. Il fallait l'avouer : cet homme était beaucoup trop calme pour être un paparazzi. Quand bien même il le serait, ce n'est pas moi qu'il aurait chassé. Non, il n'avait rien du photographe commun : alors que ceux qui m'entouraient agissait en toute discrétion, lui, avait pris sa photo sans se soucier de la fuite de sa brebis. Alors que les autres photographes ressemblaient à des loups à grandes dents, lui tenait plus du berger. Je fronçais légèrement des sourcils : ou peut-être planait-il. Ce n’était pas impossible.
Mais je n’avais pas envie de me laisser prendre au jeu des apparences. Je n’avais pas envie de les franchir. Je restais juste devant, ne cherchais pas à aller plus loin. Je restais bien en-dehors de l'enclos du taureau.
Et sa voix était toujours restée cassée dans l’air. Elle se laissait portée par les petites fées qui dansaient sur les ronds nocturnes.

Est-ce que cela me dérange qu’il m’ait pris en photo ? Il s’assit à côté de moi, sur le trottoir, en face de la fête foraine qui tanguait comme un bateau en mer. Je pourrais brûler toutes les preuves, trier les pages de mon passé et prendre un bassin ou fleuve pour y abandonner le peu que j’ai. Je pourrais brûler toutes les pistes, changer cent mille fois de visage, rayer mon nom de toutes les listes et m’effacer du paysage. Je pourrais changer de sigle et chaque nuit dans les abbesses, me rendre flou ou invisible, être inconnu à cette adresse. Je pourrai même me compromettre : ne plus me souvenir de rien, ne plus jamais reconnaître ces voix que je connais si bien.

Je pourrais tout oublier, tout effacer… mais avec ces cordes je ne souffre pas. J’avance vers une terre inconnue, je pars tête baissée et bien que je ne puisse plus les atteindre, ces cordes restent des indices d’espoir. A supposer que je sois désespéré. Je ne sais comment je serais sans elles, je ne sais pas comment je me lèverais le matin.

« Non ça va, faites comme vous voulez. »

Contester, ç’aurait été s’éloigner de ces cordes. Laisser couler, c’était apprendre à nager dans le courant du fleuve et ne plus le contrer. Sa force était trop grande pour qu’un simple humain puisse le défier, et c’est ce qu’il fallait que je comprenne : je ne suis qu’un être humain. Quelque chose me dit que ce n’était pas vraiment moi que ce garçon avait photographié. La photo sera comme le tableau de cette mer calme au ciel déchainé où dansaient les colombes sombres d’antan. J’ai rangé les fusils et maintenant je les regarde voler.

Ma cigarette s’était consumée, elle n’était plus qu’une ligne de cendres fragile que je brisais en un coup de main. Je cherchais à l’intérieur de ma veste mon paquet et en ressorti une. Je ne fumais pas plus que ça, mais ce soir j’en avais envie. Ou peut-être était-ce la machine, la mécanique de mes doigts et poumons. Peut-être, mais après tout je ne sais pas ce que ça changerait vraiment.
L’argentique du vieil enfant m’était familier, je souris en regardant l’appareil :

« Ma femme avait le même. »

Peut-être était-ce dû à son grand âge.
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